Juliette Terreaux est une scénographe et plasticienne diplômée de l’École Supérieure des Arts Appliqués Duperré et de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.
Elle travaille sur la doublure des espaces fantômes ou cachés : à partir d’un travail d’enquête sur le bâti, elle construit des espaces narratifs où se mêlent fantasme et réalité.
En 2019, elle fonde cinq.bis, un studio réunissant pour la première fois la création d’espaces miniatures et de parfums sur mesure.


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Paule
2 rue Moppert



Double miniature et olfactif de la maison de Paulette Moppert (1908-1999).

Création olfactive signée : Nathalie Feisthauer et Anne Bouvelle
Fabrication de la miniature en Italie (Brescia).

La maison de Paulette, habitation typique des années 30 à qui j’ai consacré une partie de mon mémoire « La chambre secrète : de l’intérieur à l’intériorité » (ENSAD, 2016), est à l’origine d’une maquette olfactive.
La construction aujourd’hui inaccessible est restituée dans une version miniature à partir des plans d’origine.


“ Lorsqu’on touche la boîte, d’un rose poudré, sa texture évoque une peau. ⁣On l’ouvre : une maison miniature se dresse sur un socle qui dissimule sa part souterraine.⁣Devant l’entrée se trouve une touche métallique ; quand on la presse, un nuage parfumé envahit la maison. ⁣On peut alors la saisir pour libérer son sillage odorant, et voyager dans l’univers intime que son passé recèle. ⁣⁣C’est de son étage souterrain que se dégagent, par de discrètes perforations, les odeurs de vieux cuir, de poussière sur un meuble ciré, de papier jauni, de laine légèrement brulée, de peau parcheminée dont l’alliage, lentement affiné en vase clos, enfante une effluve étrange qui attire autant qu’elle inquiète. ⁣Ce sont les odeurs de la maison sur lesquelles le temps a laissé son empreinte.⁣
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Dans un coffret rose poudré, un flacon renferme le parfum signature de Paulette, l’occupante. ⁣Une poudre d’iris s’en échappe immédiatement, évocatrice de sa peau, de la poudre de riz qu’elle s’applique avec une houppette, accompagnée d’une odeur de linge propre, repassé et amidonné. ⁣La fraicheur innocente d’un bouquet de violette, contrebalancée par l’opulence orientale de la fève tonka nous replacent instantanément dans l’univers parfumé des années trente. ⁣Cette eau de parfum, qui ressuscite la femme d’alors, dialogue avec l’odeur qui a longtemps imprégné sa maison. ”






DRIVE-IN-THEATER


Vidéo, 2020.
Fondation d’entreprise Ricard // Soirée DECOR

Lien Vimeo 

“ Juliette Terreaux présente une série de sculptures et d’installations réalisées durant son confinement : des drive-in theaters des années 30-50 du Sud des États-Unis, librement inspirés de photographies collectées sur internet et miniaturisés. Les volumes construits autour des écrans évoquent à la fois une architecture foraine, funèbre et militaire. Au sein d’un dispositif mêlant espace extérieur et intérieur, les constructions accueillent des vidéo-projections comme au sein d’une véritable séance de cinéma. Plusieurs échelles et points de vue s’entrecroisent.”




163 rue
Saint-Maur



Maquette d’une scénographie conçue par KCD pour la fashion week dans l’atelier de Maison Margiela.
Situé au 163 rue Saint-Maur à Paris, l’édifice du XVIe siècle faisait office de couvent puis d’école de design industriel avant de devenir le siège actuel de MM en 2004.


© Cecil Mathieu
© Miza Mucciarelli





5 BIS bis


Création et réalisation d’un double miniature du 5 bis rue de Verneuil, lieu où Serge Gainsbourg vécu, à partir d’un travail d’enquête.
Construction de la maquette en duo avec Marine Villain.

Réalisation d’un heurtoir miniature par Claire Avocat. 


© Jean-Luc Guérin
© Juliette Terreaux 

Au seuil du 5 bis rue de Verneuil, des visiteurs immobiles et silencieux. Je regrette comme eux de ne pouvoir me glisser de l’autre côté, telle une passe-muraille. Sur internet, je découvre une profusion d'images qui dévoilent l’envers de la façade.
Le tissu noir tendu, la moquette où s’enchevêtrent feuilles de choux et pavots, et partout les bibelots, les portraits, éclairés par quelques touches de lumière. Dans ce curieux ensemble, le noir feutré des murs et l’ivoire satiné des portes semblent faire écho aux touches d’un clavier. Comme dans un décor, chaque élément a une place savamment choisie. Ce qui naguère n’était qu’une boutique est devenu un hôtel particulier, réaménagé par celui qui composa, deux ans après son installation, l’histoire de Melody Nelson. Si le lieu n’est plus aujourd’hui habité, tout nous ramène à celui qui l’a façonné à son image. Chaque objet livre un pan de son intimité et de son œuvre, chaque détail a valeur d’indice.

Créer le double miniature du 5 bis, inaccessible et inhabité, connu et méconnu tout à la fois, m’est apparu comme une évidence. Je voulais donner à voir l’invisible, connaître ses moindres recoins, surplomber d’un seul regard son volume. Le défis était de taille.

Les sources publiques ont permis, dans une certaine mesure, d’accéder à l’espace caché. Sur internet, des photographies montrent les pièces sous différents angles. L’éclairage et le cadrage donnent cependant des informations parcellaires voire trompeuses. Quelles sont les réelles dimensions des pièces ? Quelles circulations des corps et des regards permet leur distribution ? De l’une à l’autre, quelles ouvertures et quels passages ?



© Xavier Martin