20, 22, 24
rue de la Traverse



HOC ERAT IN VOTIS (voilà ce que je désirais
Diplôme en scénographie à l’ENSAD, Paris, juin 2017. Installation immersive et performance.

Entre le 29 et le 31 de la rue d’Ulm, bâtisses dont le passage s’effectue par une porte coupe feu, une petite fille guide des spectateurs. Des escaliers, des couloirs entrecoupés par des récits sonores, vidéos et objets, mènent jusqu’à une chambre/bureau de détective, où, étendue sur un lit, j’attends leur arrivée. Dans une semi-obscurité, je raconte ma découverte à Besançon de trois bâtiments séparés par des portes dérobées. Autour du lit, sur une structure rotative, leur reconstitution en miniature, accompagne mon récit.

Au cœur de la boucle que dessine le fleuve de Besançon, une percée rectiligne voit le jour à la fin du XVIIIe siècle : la rue de la Traverse. La voie, dont le tracé est programmé, s’apparente à un long couloir desservant des espaces privatifs. Seule une parcelle, au numéro 20, reste vide.

Soixante ans s’écoulent. Dans la dent creuse, un verger et une roseraie sont rasés pour construire un nouvel immeuble. Encerclés par les deux ailes du bâtiment, quelques arbres et une fontaine en rocaille témoignent de l’existence du jardin disparu. Sous le porche de style rococo, le propriétaire fait inscrire la citation latine : Hoc Erat In Votis.

Si la façade de l’immeuble semble aujourd’hui intacte, l’aile droite et les arbres ont brûlé dans un incendie. La fontaine ne donne plus d’eau. Les appartements sont vidés de leurs occupants. Ce lieu que je découvre en juillet 2016 agit sur moi comme un aimant. Dès ma première visite, une impression de déjà-vu me submerge. Tout me ramène à une expérience première et fondatrice dont l’origine m’échappe.

Mon enquête commence. Sur place, je rencontre les anciens habitants, explore et photographie les intérieurs vidés de leur contenu, étudie des documents d’archives. À Paris, la rêverie prend le pas sur la réalité : je reconstitue en miniature ce qu’aurait pu être l’espace avant le passage du feu. Instinctivement, je lie le 20 rue de la Traverse à un espace imaginé lorsque j’étais petite ; mon travail fait resurgir la chambre secrète où je plaçais mes premiers ébats amoureux, encore indicibles.

Au fil de mes recherches, la suie et les zones d’ombre peu à peu disparaissent. Aujourd’hui, je puis expliquer l’origine de mon trouble. Au premier étage du 20 rue de la Traverse, derrière un placard, une enfilade d’espaces scindés par des portes dérobées mène tout droit vers ce que je désirais enfant.